L’aligoté dans le Mâconnais : cépage de passage ou patrimoine discret ?

20/07/2026

Dans la mosaïque viticole du Mâconnais, l’aligoté occupe une place méconnue entre tradition et renouveau. Ce cépage blanc bourguignon, souvent associé à la région de Bouzeron ou au fameux “kir”, joue dans le Mâconnais un rôle précis et nuancé :
  • La surface plantée d’aligoté y est restreinte (moins de 10% du vignoble blanc), aux côtés du dominant chardonnay.
  • Il offre des vins vifs, droits, souvent cultivés en petites parcelles sur des terroirs bien choisis, parfois anciens, parfois replantés dans les années 1980-2000.
  • L’aligoté du Mâconnais bénéficie d’une belle diversité géologique et climatique, entre coteaux argilo-calcaires et expositions solaires marquées.
  • Des vignerons misent aujourd’hui sur son potentiel : retours à la pureté, vinifications précises, attention renouvelée à la typicité locale.
  • L’aligoté offre une alternative rafraîchissante, prisée sur les tables d’été, mais aussi un marqueur patrimonial discret face à l’hégémonie du chardonnay.
À travers son histoire contrastée, son expression dans le verre et son avenir incertain, l’aligoté questionne la notion même de diversité en Bourgogne du Sud.

Une présence discrète, un héritage ancien

Le Mâconnais, Bourgogne du Sud, évoque d’emblée le chardonnay, grand cépage roi des blancs dans cette région de coteaux souples et vallons minutieux. Pourtant, l’aligoté s’y fait remarquer pour qui regarde de près les vieux villages vignerons, les lisières de parcelles et certains talus oubliés.

Si l’on remonte aux sources, l’aligoté n’est pas une “découverte moderne”. Il fait partie du patrimoine ampelographique bourguignon depuis le XVIIe siècle (source : BIVB, Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne), souvent planté en complément, destiné aux consommations familiales, voire à la production de vin local abordable. Il n’a jamais été majoritaire, mais il a accompagné génération après génération les moments simples du quotidien.

D’après les enquêtes du BIVB et l’Atlas des vins de France (Éditions Autrement, 2021), l’aligoté couvrait jadis des surfaces plus larges, avant que le chardonnay ne transforme radicalement l’économie et l’image du vignoble à partir des années 1970. Aujourd’hui, dans le Mâconnais, l’aligoté ne dépasse pas 200 hectares (à l’échelle d'un vignoble qui compte environ 4000 hectares en blanc, dont plus de 90% en chardonnay).

Des terroirs choisis, souvent périphériques

Dans le Mâconnais, l’aligoté occupe principalement des terres un peu en retrait des plus beaux coteaux à chardonnay. On les retrouve sur les marges, les terres plus profondes, parfois les zones les moins propices à une maturité optimale du chardonnay. Il y a là autant un choix pragmatique qu’une tradition transmise : on installait souvent l’aligoté sur les parcelles où sa vigueur naturelle pouvait être contenue et où ses raisins apportaient vivacité et rendement régulier.

  • Communes concernées : Autour d’Azé, Péronne, Clessé, Laizé, et dans quelques hameaux hors des axes touristiques classiques.
  • Altitudes : Entre 200 et 350m, avec des sols argilo-calcaires voire alluviaux.
  • Exposition : Parfois nord ou est, ce qui préserve la fraîcheur, point clé de l’identité de l’aligoté.

Il est rare de croiser une grande parcelle unique d’aligoté : il s’exprime en mosaïque, souvent sous la forme de “petites terres” ou de vieilles vignes disséminées entre chardonnays, pinots noirs et parfois gamays. Ce morcellement signe l’enracinement local, loin des logiques intensives qui ont uniformisé d’autres régions.

L’aligoté du Mâconnais en bouteille : une typicité à part

Qu’attendre d’un aligoté du Mâconnais ? D’abord, une fraîcheur vive, des notes d’agrumes (citron, pamplemousse), parfois une touche florale (aubépine, acacia) et une bouche tendue, sans concession sur l’acidité naturelle du cépage. Quelques exemples de domaines (Domaine Fichet à Igé, Domaine Guerrin à Vergisson ou Domaine Sainte-Barbe à Viré) illustrent bien l’élan moderne autour de ce cépage, travaillé pur et sans concession.

La différence majeure avec le chardonnay réside dans le profil aromatique et la structure : pas de rondeur grasse, ni d’arômes beurrés ou boisés. L’aligoté dans le Mâconnais s’exprime “sur le fruit” et la droiture, taillé pour l’apéritif, la cuisine légère ou les plats d’été (fruits de mer, fromages frais, charcuteries locales).

À signaler enfin : le vieillissement de l’aligoté reste modeste. S’il apporte de la fraîcheur en jeunesse, il tient deux à cinq ans selon les millésimes mais ne vise ni la complexité ni la garde des plus grands blancs bourguignons.

Chiffres et tendances récentes

Répartition de l’aligoté dans le Mâconnais
Surface plantée (ha) % du vignoble blanc Nombre de producteurs référencés Principal usage
~200 <10% 60-70 Vin de soif, cuvées parcellaires, assemblages mineurs

L’aligoté avait connu une forte régression dans les années 1980-2000, chassé au profit du chardonnay, mieux valorisé à l’export et sur les grandes tables. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse timidement : nouvelles plantations, retour aux vinifications traditionnelles, et parfois mise en valeur de vieilles vignes oubliées.

  • Certaines caves coopératives du Mâconnais, comme Les Vignerons des Terres Secrètes à Prissé, misent de nouveau sur l’aligoté pour proposer des vins de soif accessibles.
  • Des micro-cuvées “haut de gamme” apparaissent chez quelques vignerons indépendants qui assument une réelle recherche de finesse, quitte à sortir du simple “vin pour kir”.

Le marché reste toutefois étroit : Aucune appellation communale dédiée (contrairement à Bouzeron en Côte Chalonnaise), l’aligoté du Mâconnais porte simplement la mention “Bourgogne Aligoté” ou reste intégré aux cuvées “Mâcon” les plus simples.

Pourquoi choisir (ou replanter) de l’aligoté en Mâconnais ?

Pour les jeunes vignerons ou les familles qui réinstallent des rangs d’aligoté, le choix est souvent réfléchi :

  • Maintenir la diversité : Le Mâconnais reste une terre où le chardonnay s’impose, mais la diversité ampelographique fait partie de l’équilibre économique et écologique (résistance à la sécheresse variable, moins de maladies selon les années).
  • Proposer un vin accessible : L’aligoté demeure abordable, défend une image de “companion wine” : simple, direct, peu de bois, plaisir immédiat.
  • Répondre à la demande : D’après Inter Beaujolais et la presse spécialisée (la Revue du Vin de France), la tendance au retour du “sec, vif, peu alcoolisé” séduit une clientèle jeune, ou des consommateurs attentifs à la fraîcheur.
  • Préserver un savoir-faire local : De nombreuses familles vigneronnes tiennent à conserver au moins une parcelle d’aligoté, “par respect pour la tradition” ou pour garder un vin de soif qui accompagne les grands repas, les casse-croûte ou sert encore, localement, à la fabrication de la “ratafia”.

Enjeux de valorisation et perspectives d’avenir

L’aligoté, dans le Mâconnais, pose la question du pluralisme face à la monoculture du chardonnay. Pour lui donner une vraie visibilité, il faudrait sans doute davantage d’événements en son honneur (une fête dédiée a été tentée à Clessé en 2019, source : Le Progrès), ou davantage de circuits de dégustations “hors chardonnay” proposés par les offices de tourisme locaux.

  • Restauration : De plus en plus de chefs s’y intéressent pour les accords gastronomiques, à condition de travailler sur la fraîcheur (poissons du Val de Saône, fromages de chèvre fermiers du Clunisois, terrines locales).
  • Œnotourisme : Quelques balades thématiques existent, mais manquent encore de visibilité par rapport au “Tour du Chardonnay”.
  • Marché régional : Les bars à vins et caveaux renouent avec l’idée d’un blanc “local”, compagnon du boudin, d’un crottin sec ou d’une tarte à l’oignon.

Des initiatives fleurissent pour expliquer l’intérêt de ce cépage en “assemblage maison”, pour varier plaisir et découvertes et séduire une clientèle curieuse. Les exportations restent anecdotiques, mais certains acheteurs étrangers, sensibles à la notion de patrimoine, prêtent désormais attention à ces petites cuvées singulières.

L’aligoté, reflet d’une autre Bourgogne

Impossible de prévoir si l’aligoté connaîtra la même reconnaissance que le chardonnay en Mâconnais. Ce qui est certain : il incarne une mémoire, un goût local, et un style qui tranche avec la dominante actuelle. Pour les amateurs de diversité, ou ceux qui aiment percer les secrets des chemins moins fréquentés, quelques verres d’aligoté du Mâconnais disent beaucoup ce que fut (et reste) la Bourgogne du Sud : humble, hospitalière, et jamais monotone.

Pour aller plus loin :

  • BIVB – Dossier “L’aligoté en Bourgogne” https://www.vins-bourgogne.fr
  • Atlas des vins de France, Éditions Autrement, 2021
  • La Revue du Vin de France, n°674 “Retour de l’aligoté”
  • Site du Syndicat des Producteurs de Bourgogne Aligoté
  • Domaine Fichet (Igé), Guerrin (Vergisson), Sainte-Barbe (Viré)

Pour aller plus loin