Redécouvrir les cépages blancs oubliés du Mâconnais : savoir-faire et renaissance sur le terrain

18/08/2026

Dans le Mâconnais, région au sud de la Bourgogne, des vignerons s’attachent à remettre à l’honneur des cépages blancs autrefois tombés dans l’oubli. Cette démarche s’appuie sur la recherche de biodiversité, la volonté de préserver un patrimoine vivant et l’adaptation aux enjeux climatiques. Sur le terrain, cela conduit à :
  • Identifier, sélectionner et replanter des cépages susceptibles de s’adapter aux sols et au climat local
  • Allier expérimentation viticole, observation et collaboration entre domaines et institutions
  • Produire des cuvées en petites quantités, en favorisant authenticité et spécificité régionale
  • Valoriser ces vins auprès du public via la vente directe, la communication lors d’événements et la gastronomie locale
  • Favoriser une démarche durable pour l’avenir de la vigne et de la région
Ces initiatives transforment le paysage et offrent aux visiteurs comme aux habitants une expérience renouvelée des vins du Mâconnais.

Les cépages oubliés du Mâconnais : un patrimoine menacé puis retrouvé

Au fil des siècles, la Bourgogne – et le Mâconnais en particulier – a connu une incroyable variété de cépages. Au XIXe siècle, on en dénombrait plus de trente dans l’Yonne, la Côte-d’Or et la Saône-et-Loire (source : Bourgogne Franche-Comté Vignoble & Découverte). La crise du phylloxéra, puis la quête de régularité qualitative et économique, ont réduit la diversité : aujourd’hui, le chardonnay domine sans partage les blancs du Mâconnais, accompagné par l’aligoté et quelques rares parcelles d’autres variétés.

Parmi les cépages blancs “oubliés” qu’on voit parfois resurgir :

  • Le melon : longtemps implanté, il a survécu davantage dans le Nantais que dans le Mâconnais. Quelques pieds historical subsistent, mais son arrachage fut presque total au XXe siècle.
  • Le gouais blanc : ancêtre génétique de nombreux cépages, présent dès le Moyen-Âge. Quartiers ou parcelles portent encore parfois ce nom (“En Gouais”).
  • L’arbane et le sacy : plus connus dans l’Yonne, ils figurent parmi les tentatives de replantation.
  • Le chenin : très petite présence historique, mais quelques projets existent pour tester son adaptation au changement climatique.
D’autres variétés – romorantin, sauvignon gris, tressallier – sont parfois évoquées, mais restent anecdotiques. Le regain d’intérêt, relativement récent (années 2010), s’appuie sur des recherches historiques (Ampélographie de Pierre Galet, travaux de l’INRA et du Conservatoire des cépages de Marsannay).

Pourquoi remettre en valeur ces cépages ? Enjeux et motivations concrètes

  • Biodiversité et résilience : Les parcelles en monocépage risquent davantage face aux sécheresses, maladies cryptogamiques ou gelées tardives. Replanter plusieurs variétés offre une sécurité naturelle (source : Vitisphere).
  • Patrimoine et identité : Les vignerons rencontrés insistent sur la dimension “mémoire vivante” : retrouver l’expression des terroirs d’autrefois, avec leurs nuances, leurs équilibres parfois surprenants (retours lors des portes ouvertes au Domaine de la Luolle ou au Domaine Blanchard).
  • Sens du goût : Les consommateurs cherchent de nouvelles expériences. Certains restaurants locaux misent, en accord avec des vignerons, sur des cuvées “hors-normes” pour renouveler accords mets-vins et attirer une clientèle curieuse.
  • Adaptation climatique : Plusieurs cépages anciens résistent mieux aux sécheresses ou présentent une maturité plus tardive, un avantage dans le contexte actuel (source : Chambres d’Agriculture de Bourgogne – Journées techniques mars 2022).

Dans le Mâconnais, ces motivations s’incarnent au quotidien. Il ne s’agit ni d’une mode, ni d’un retour passéiste, mais d’un vrai travail de terrain, guidé par la faisabilité et l’engagement.

Comment s’organisent les vignerons : démarches, réseaux, initiatives locales

La relance de ces cépages repose sur trois piliers complémentaires :

  1. Recherche et expérimentation : Des parcelles-test voient le jour chez des particuliers, mais aussi dans le cadre de projets collectifs (voir la parcelle conservatoire du Lycée Viticole de Davayé ou celle menée par le syndicat des Vins Mâcon). On étudie la vigueur, la sensibilité aux maladies, la date de vendange, le potentiel de vinification. Le gouais blanc et le melon sont les plus travaillés à ce stade.
  2. Transmission et échanges : Beaucoup d’initiatives partent de collectifs : “Les Cépages Modestes” (collectif national), journées techniques Agrisud ou “Patrimoine viticole Mâcon”. Elles rassemblent vignerons, chercheurs, pépiniéristes, parfois avec le soutien discret d’associations d’amateurs.
  3. Valorisation côté caveau et événementiel : Dégustations publiques, cours œnologiques, “parcours du goût” en villages… Le Domaine Gondard-Perrin à Viré ou le Domaine du Carline à Clessé animent chaque printemps une présentation dédiée à ces cuvées. Le “Marché aux Cépages Rares” de Charnay-lès-Mâcon attire plus de 400 visiteurs en 2023 (source : Le Journal de Saône-et-Loire, mai 2023).

À chaque fois, le but est d’ancrer la démarche dans la réalité locale – ni uniquement dans la vitrine, ni coupée des usages et des paysages.

Concrètement : quel goût, quelle expérience pour le visiteur ou l’amateur ?

Repères sensoriels et pratiques des cépages blancs oubliés retrouvés
Cépage Profil aromatique typique Sensibilité Principal domaine ou événement
Gouais blanc Notes acidulées, fraîcheur vive, peu d’alcool Bonne vigueur, sensible au black-rot Cuvées confidentielles chez des indépendants, “Marché aux Cépages Rares”
Melon Fruit blanc, agrumes, léger brioché Peu sensible, mais souvent arraché Domaine Blanchard (Mâcon-Vinzelles), Parcelle conservatoire
Chenin Complexité, maturité, tension minérale Délicat au débourrement Domaine d’Origine, expérimentations privées
  • Format de dégustation : Très souvent, ces vins sont produits en quantités confidentielles (200 à 800 bouteilles/an selon domaine). Il s’agit plus de découverte lors de portes ouvertes, de visites sur rendez-vous ou d’événements ponctuels que de vente en grande distribution.
  • Prix indicatif : Entre 14 et 24 €/bouteille, selon rareté et millésime (beaucoup de travail manuel, faibles rendements).
  • Accords mets-vins : À privilégier avec des produits locaux simples : fromages de brebis, truites fumées, charcuterie du Brionnais, œufs pochés sauce crémeuse. Les restaurateurs de la région jouent volontiers le jeu : citons l’Auberge de la Rochette ou La Table du Mont Blanc à Uchizy.

Visiter et goûter : conseils pour organiser une escapade autour de ces cépages

Les initiatives restent ponctuelles, mais quelques pistes concrètes pour profiter au mieux de cette (re)découverte :

  • À la bonne saison : Privilégier fin avril à début juillet et septembre (hors périodes de forte chaleur). Les dégustations printanières ou avant vendanges permettent bien souvent des visites plus “terrain”.
  • Réservation recommandée : Les micro-cuvées partent vite. Appeler le domaine au moins une semaine avant permet souvent de planifier une visite commentée.
  • Se repérer facilement : La plupart des domaines mettent à jour leurs horaires sur le site Office de Tourisme Mâconnais-Beaujolais. Attention, certains producteurs ne possèdent pas de boutique permanente.
  • Varier les plaisirs : Les villages de Clessé, Viré, Lugny, Vinzelles offrent plus qu’un simple caveau : lavoirs, églises romanes, sentiers de balades entre “cadoles” (abris de vignerons) et haies fleuries.
  • Budget : Compter entre 5 et 10 € selon la formule de dégustation. Certaines animations incluent un plat du terroir en option.
  • Équipement : Chaussures fermées (parcelle parfois rustique), petite laine, carnet de notes pour garder trace des goûts et impressions, surtout si vous ambitionnez de comparer plusieurs domaines.
  • Bon à savoir : Beaucoup de cuvées ne sont pas certifiées bio, mêmes issues d’une agriculture respectueuse : interrogez le producteur sur ses pratiques.

Petite astuce supplémentaire : les marchés de producteurs des villages du Mâconnais accueillent parfois une “bouteille mystère”, à découvrir à l’aveugle — un bon moyen de tester un cépage inconnu sans pression.

Pour la suite : un enjeu de territoire et d’explorateurs du goût

Si la renaissance des cépages blancs oubliés du Mâconnais reste une aventure discrète, elle joue un rôle emblématique : celui de la transmission et de l’invention, à rebours de la standardisation. Soutenir ces initiatives, c’est participer à la variété du paysage, c’est encourager la recherche locale, c’est préparer le terrain à un vignoble plus résilient.

À retenir pour une prochaine sortie ou pour ancrer un séjour :

  • Les domaines engagés sont ouverts à la discussion, aiment partager leur démarche sans fard
  • Explorer ces cépages, c’est aussi parcourir le pays mâconnais autrement : villages vignerons, pentes douces, caves voûtées, tables généreuses
  • Les événements labellisés “cépages rares” sont une porte d’entrée idéale pour ceux qui veulent en savoir plus
  • Enfin, le goût de l’expérimentation participe à l’attractivité de ce territoire parfois discrètement novateur

Comme toujours en Picardie Verte – ou ici, sur la route du Sud Bourgogne – cultiver la curiosité et l’écoute du terrain permet non seulement de découvrir des saveurs oubliées, mais aussi de soutenir une agriculture résolument tournée vers l’avenir, enracinée dans son histoire. Une démarche à la fois concrète et inspirante pour les amateurs de terroir en quête de repères différents.

Sources principales :

  • Bourgogne Franche-Comté Vignoble & Découverte, “Cépages historiques et cépages oubliés”, 2023
  • Le Journal de Saône-et-Loire, “Quand le Mâconnais remet en scène le gouais blanc”, Mai 2023
  • Chambres d’Agriculture Bourgogne, Journées techniques, Mars 2022
  • Office de Tourisme Mâconnais-Beaujolais
  • Entretiens sur le terrain avec des vignerons de Clessé, Viré et Vinzelles (2022-2023)

Pour aller plus loin